Sobriété numérique : les clés pour agir

Saluée pour son gain de temps, de productivité, et même de papier, la transformation numérique de la société génère aussi son lot de conséquences sur l’environnement. En 2022, les usages numériques sont déjà estimés responsables de 4 % des émissions de gaz à effet de serre — un impact qui devrait doubler d’ici 2025 avec leur généralisation aux pays en développement. Il devient aujourd’hui urgent d’accompagner le nécessaire essor du digital d’une plus grande sobriété, en rendant les usages numériques plus responsables, à un niveau personnel comme professionnel. Les entreprises, qui ont vu leurs processus se modifier considérablement avec le virage numérique, ont un grand rôle à jouer pour rendre compatibles le tournant numérique et la transition écologique.

Qu’est-ce que la sobriété numérique ?


La notion de sobriété numérique est relativement récente, parce qu’elle n’a pu naître qu’avec l’essor massif du digital et la première constatation d’une empreinte carbone numérique problématique. C’est en 2008 que l’association Green IT France a introduit l’expression, pour désigner une démarche visant à concevoir des services numériques plus sobres et à modérer au quotidien l’usage du numérique. La sobriété numérique implique ainsi tous les acteurs de la société dans leur rapport au digital : les particuliers, entreprises et organisations qui consomment les services digitaux, ainsi que les entreprises qui conçoivent, développent et proposent les services et produits numériques.


Du côté des utilisateurs, la sobriété numérique passe par des renouvellements de matériel plus responsables et par la valorisation de la « seconde vie » des appareils. Les consommateurs, particuliers comme professionnels, ont aussi un rôle à jouer dans la longévité des ordinateurs et appareils connectés, en adoptant des gestes d’entretien qui prolongent leur durée de vie. De bonnes habitudes de connexion et des astuces de paramétrage permettent également de limiter les consommations électriques. La limitation du poids des données et de leurs parcours est un autre levier important de réduction de l’empreinte numérique sur les émissions de GES. La question du stockage et des usages connectés est ainsi cruciale dans une démarche de sobriété numérique.


Quel est l'impact environnemental du numérique ?


La digitalisation des process et des habitudes passe par une forme de virtualisation : diminution des supports papier, centralisation des fonctionnalités dans des appareils de plus en plus petits, stockage dans le cloud plutôt que sur des disques, etc. Pourtant, le numérique n’a rien d’immatériel et repose au contraire sur une combinaison complexes d’appareils mobiles et fixes, de data centers, de câbles, d’alimentations électriques. L’association Green IT estimait déjà en 2019 que la somme assemblée des matériels composant l’univers numérique recouvrirait sur terre une surface équivalente à près de 5 fois la France : un véritable continent numérique. Or, la production d’objets connectés, de téléviseurs, d’ordinateurs, de tablettes, de smartphones de cesse d’augmenter et de se diversifier. Les indicateurs, sans cesse en évolution, révèlent que le numérique dans sa globalité (fabrication, usage, cycle de vie) représente en 2022 plus de :

  • 4,5 % de la consommation mondiale d’énergie

  • 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre

  • 6 % de la consommation électrique mondiale.

L’agence de la transition économique (ADEME), dans son guide « En route vers la sobriété numérique », avance plusieurs chiffres parlants pour mesurer l’impact des usages numériques sur l’environnement :

  • Les déchets issus du numérique représentent 20 millions de tonnes seulement pour la France

  • Plus de 100 millions de smartphones dorment dans les placards des entreprises et tiroirs des particuliers

  • Moins de 10 % des appareils sont collectés pour recyclage

  • Les data centers représentent 1% de la consommation électrique mondiale

  • La fabrication d’un ordinateur de 2 kg nécessite 588 kg de matières premières.

Les émissions de GES du secteur du numérique se répartissent entre la phase de fabrication (37 % des émissions de GES), l’utilisation des appareils numériques (38 %), les infrastructures réseau et les data centers (25%). Contre la pollution numérique, chacun a donc un rôle à jouer, à chaque étape du cycle de vie d’un produit ou service numérique.


Comment déployer la sobriété numérique en entreprise ?

Applications métiers, travail en mobilité, télétravail, dématérialisation des factures et des documents RH, logiciels de gestion globale… Comment limiter l’empreinte environnementale liée aux usages numériques en entreprise, alors que la digitalisation croissante des process pousse à une consommation toujours plus importante de ressources numériques ? L’enjeu est de taille, car l’empreinte carbone des entreprises est aussi scrutée par des consommateurs de plus en plus guidés par leur conscience environnementale dans leurs achats. L'établissement d'une charte numérique responsable est un premier pas vers plus de sobriété.


De l’importance d’adopter une charte numérique responsable


La sobriété numérique, en tant que démarche d’utilisation responsable du numérique, fait partie intégrante de la RSE, responsabilité sociétale des entreprises. L’établissement d’une charte numérique responsable permet de sensibiliser les collaborateurs à l’impact du digital et d’instaurer de bons usages. Parmi les usages responsables prescrits par la charte informatique d’une entreprise ou d’une organisation peuvent ainsi figurer :

  • L’optimisation de la gestion des emails (nettoyage de la boîte mail, envois groupés, pièces jointes limitées)

  • Les gestes d’entretien du téléphone professionnel (coques de protection, recharge fréquente, mises à jour, optimisation de la mémoire)

  • L’utilisation d’un moteur de recherche éco-responsable

  • L’optimisation du stockage des données (préférer le téléchargement au streaming, favoriser les plateformes de transfert provisoire de pièces jointes, etc.)

L’Institut Numérique Responsable (INR), association à but non lucratif issue du Club Green IT, propose aux entreprises, collectivités et organisations un modèle de charte numérique responsable. La charte résume les engagements pris par l’entreprise et lui permet de communiquer sur sa démarche qualité auprès de ses collaborateurs, clients, partenaires et fournisseurs. Elle porte sur 5 grands engagements :


L’optimisation des outils numériques afin de limiter leurs consommations et leurs impacts


À travers la prise en compte du cycle de vie complet des appareils et logiciels, l’allongement de leur durée de vie au-delà de leur amortissement comptable, la limitation des consommations de ressources d’énergies et de matériels, et la participation au développement d’une économie circulaire dans la gestion des déchets numériques.


Le développement d’offres de services inclusives et durables


À travers une démarche d’achat responsable, la conception ou l’intégration d’applications accessibles à tous, dimensionnées pour les besoins de l’entreprise et fonctionnant avec des connexions à débit limité.


L’adoption de pratiques numériques responsables et éthiques


À travers une collecte et un usage raisonnés des données, l’égalité de recrutement dans les métiers du numérique, la valorisation de la démarche RSE et de la démarche d’engagement dans un numérique responsable.


L’effort pour la transparence, la lisibilité et la mesurabilité du numérique


À travers le respect de normes de collecte, d’analyse et de partage des données sur les impacts des TIC (technologies de l’information et de la communication), la participation à une démarche d’évaluation des services numériques par rapport aux besoins réels, l’utilisation de nouveaux outils permettant visibilité et transparence dans l’analyse des données.


La favorisation de l’émergence de nouvelles valeurs et de nouveaux comportements


À travers l’inclusion de l’innovation sociale dans le développement de nouveaux systèmes numériques, la valorisation des initiatives internes en faveur du bien-être au travail, la rationalisation des process, le suivi des indicateurs de performances pour atteindre les objectifs RSE et la proposition d’axes d’amélioration.


Découvrez plus en détail la Charte Numérique Responsable.

En conclusion


Si la pollution numérique poursuit sa courbe de croissance actuelle (avec une augmentation de 10% par an de son empreinte carbone), elle dépassera celle des véhicules à moteur en 2035. En plus de son impact strictement environnemental, à travers les émissions de gaz à effet de serre qu’entraîne la fabrication et l’usage du digital, l’essor du numérique a également un impact sociétal important.


La sobriété numérique inclut aussi une veille attentive sur l’origine des matières premières et l’éthique des chaînes d’approvisionnement. Les entreprises, en tant qu’importantes consommatrices de services numériques, ont aujourd’hui le devoir d’exiger de leurs fournisseurs des garanties sociétales et environnementales.