Une même consommation d'électricité produit deux totaux de scope 2 différents, parfois du simple au double. Ce n'est pas une erreur de calcul : le GHG Protocol demande de produire les deux et de les étiqueter séparément. La question n'est donc pas « laquelle choisir » mais « comment construire les deux proprement, et laquelle sert de base à mes objectifs ».
Cet article couvre le périmètre du scope 2, les deux méthodes, les critères de qualité des instruments, les pièges courants, et ce qu'exigent le BEGES, la CSRD et la SBTi. Chaque règle vient de la GHG Protocol Scope 2 Guidance (2015), chaque facteur de sa base d'origine avec unité, année et identifiant.
Ce que couvre le scope 2
Le scope 2 est la catégorie d'émissions indirectes couvrant les gaz à effet de serre issus de la production de l'électricité, de la vapeur, de la chaleur et du froid achetés ou acquis, puis consommés par l'organisation déclarante (section 5.3 de la Scope 2 Guidance).
Trois précisions font la différence à l'usage.
Notre article sur les scopes 1, 2 et 3 pose les définitions générales.
Les deux méthodes et le double reporting
La Scope 2 Guidance est un amendement au GHG Protocol Corporate Standard. Sa section 1.5.1 pose la règle centrale : une entreprise ayant des opérations dans un marché où existent des données produit ou fournisseur sous forme d'instruments contractuels doit déclarer son scope 2 de deux manières et étiqueter chaque résultat selon la méthode employée. C'est le « dual reporting ».
Trois conséquences pratiques :
Si l'entreprise se fixe un objectif de réduction, elle doit indiquer lequel des deux totaux sert de base, et utiliser la même méthode pour définir la cible et suivre la trajectoire.
La méthode location-based
Cette méthode valorise la consommation avec un facteur moyen représentant l'intensité carbone du réseau sur une zone géographique. La table 6.2 ordonne deux niveaux de sources :
En France, la référence est la Base Carbone de l'ADEME. Pour l'élément « Electricité, mix réseau électrique, France continentale, moyen, 2024 » (identifiant 43642, mis à jour le 24 avril 2025, incertitude 10 %), le facteur total vaut 0,0519 kgCO2e/kWh :
Seule la ligne de combustion relève du scope 2 : la table 6.2 précise que les données de la hiérarchie location-based doivent porter un taux d'émission de combustion seule. Les deux autres postes sortent du scope 2, l'amont des combustibles et les pertes de réseau relevant du scope 3, catégorie 3. Utiliser le total en scope 2 y intègre des émissions qui n'y appartiennent pas, avec un risque de double comptage.
La section 7.4.1 mentionne explicitement le cas français : l'ADEME publie des facteurs différenciés par usage, dérivés de la logique location-based mais reposant sur une autre allocation. Pour l'usage chauffage, méthode saisonnalisée, 2023 (identifiant 43276, incertitude 30 %), le facteur total atteint 0,115 kgCO2e/kWh, dont 0,0891 de combustion : près du double du mix moyen de la même base. Le choix du facteur pèse autant que la qualité de la donnée. Les règles de sélection sont détaillées dans notre article sur la définition d'un facteur d'émission.
La méthode market-based
Cette méthode valorise la consommation avec un facteur dérivé des contrats signés. La table 6.3 classe les sources du plus précis au moins précis :
Le mix résiduel est le maillon souvent oublié. Il représente l'intensité carbone de l'électricité non revendiquée, celle qui reste une fois les garanties d'origine annulées par d'autres consommateurs. Sans lui, la même électricité renouvelable serait comptée deux fois. Le huitième critère de qualité est explicite : pour utiliser un instrument contractuel, un mix résiduel ajusté doit exister, ou son absence être divulguée.
En Europe, l'Association of Issuing Bodies (AIB) publie chaque année les mix résiduels par pays. Dans le rapport « European Residual Mixes », résultats de l'année civile 2025 publiés le 26 mai 2026, la France affiche 17,11 gCO2/kWh pour une part non tracée de 81,94 % de la consommation. Attention à la nature de la donnée : l'AIB précise que toutes ses valeurs de CO2 sont des émissions de CO2 direct, hors cycle de vie et hors autres gaz à effet de serre, là où l'ADEME publie du CO2e. Les deux ne se substituent pas.
Les huit critères de qualité scope 2
La table 7.1 impose que tout instrument contractuel utilisé en market-based réponde à cinq critères :
Trois critères additionnels s'appliquent selon les cas :
Un instrument non conforme ne disparaît pas du calcul : il est remplacé par une donnée de rang inférieur.
Les pièges qui faussent un scope 2
Organiser le scope 2 sur un parc multi-sites
Sur un groupe de plusieurs entités, la difficulté n'est pas la formule mais la tenue du référentiel.
Les enjeux de consolidation propres aux groupes sont développés dans notre article sur le bilan carbone des groupes et ETI multi-entités.
Ce qu'exigent le BEGES, la CSRD et la SBTi
BEGES. Le bilan prévu par l'article L. 229-25 du code de l'environnement rend le scope 2 obligatoire, sous l'intitulé des émissions indirectes liées à l'énergie : électricité, chaleur, vapeur. Le décret n° 2022-982 du 1er juillet 2022 fixe le cadre en vigueur, la méthodologie de référence est publiée par le ministère chargé de l'environnement, et les bilans sont déposés sur la plateforme de l'ADEME.
CSRD et ESRS E1. L'exigence E1-6 est directe : au paragraphe 49, l'entreprise publie séparément le scope 2 brut location-based et le scope 2 brut market-based, en tonnes de CO2eq. Le paragraphe AR 45 précise la marche à suivre : appliquer la Scope 2 Guidance dans sa version 2015, dont les critères de qualité du chapitre 7.1 relatifs aux instruments contractuels ; inclure l'électricité, la vapeur, la chaleur et le froid achetés ; éviter tout double comptage avec les scopes 1 et 3 ; documenter la part et les types d'instruments contractuels. L'AR 47 impose la même distinction sur le total d'émissions, l'AR 53 sur l'intensité rapportée au chiffre d'affaires.
SBTi. Le critère C9 du SBTi Corporate Net-Zero Standard (version 1.3.1, avril 2026) demande de déclarer laquelle des deux approches sert à calculer l'année de référence et à suivre la performance, une approche unique et constante devant servir à fixer la cible comme à en suivre l'avancement. La section D.7.2 recommande de détailler les instruments utilisés et de montrer en quoi ils satisfont les critères de qualité. La SBTi indique que la version 1.3.1 reste le cadre applicable à la validation des cibles sur toute l'année 2026 et reste ouverte au dépôt jusqu'au 31 janvier 2028 ; la validation sous la version 2.0 ouvre au premier trimestre 2027, et tout nouveau dépôt devra s'y conformer à partir du 1er février 2028.
Le scope 3 obéit à une autre logique, détaillée dans notre article sur les émissions scope 3 amont et aval.
Le scope 2 dans Kabaun
Kabaun couvre le scope 2 avec un moteur de calcul aligné sur le GHG Protocol, adossé à plusieurs bases publiques dont la Base Carbone de l'ADEME et DEFRA, avec intégration directe à la Base Carbone pour les mises à jour de facteurs. S'y ajoutent l'ajout de facteurs spécifiques (facteur fournisseur, facteur de réseau de chaleur) avec validation administrateur et traçabilité, le rattachement de chaque donnée à sa source avec pièces justificatives, et la gestion multi-entités et multi-sites avec consolidation groupe.
FAQ : scope 2 market-based et location-based
Quelle est la différence entre le scope 2 market-based et le scope 2 location-based ?
La méthode location-based valorise l'énergie consommée avec le facteur moyen du réseau sur la zone géographique concernée, sans tenir compte des contrats. La méthode market-based la valorise avec les facteurs issus des contrats signés : garanties d'origine, PPA, offre fournisseur, et à défaut le mix résiduel. Les deux portent sur la même consommation en kWh et ne diffèrent que par le facteur retenu.
Faut-il publier les deux totaux de scope 2 ?
Oui dès lors que l'entreprise opère dans un marché où existent des instruments contractuels : la Scope 2 Guidance (section 1.5.1) impose de déclarer les deux résultats en les étiquetant selon la méthode. Sans instruments contractuels sur aucun marché, un seul total est publié, location-based. La CSRD reprend l'obligation dans l'exigence E1-6.
Une garantie d'origine fait-elle baisser mon scope 2 ?
Elle fait baisser le total market-based, jamais le total location-based, qui reste calculé sur le facteur moyen du réseau. Encore faut-il qu'elle respecte les critères de qualité : taux d'émission porté, unicité, annulation pour le compte de l'entreprise, proximité de date, même marché. Sinon, elle est remplacée par une donnée de rang inférieur.
Quel facteur d'émission électricité France utiliser pour le scope 2 ?
Le mix moyen de consommation France continentale de la Base Carbone de l'ADEME, en retenant le poste de combustion à la centrale et non le total. Pour 2024 (identifiant 43642), ce poste vaut 0,035 kgCO2e/kWh sur un total de 0,0519. Le poste amont (0,0131), qui inclut aussi l'amortissement de la centrale, et les pertes de transport et distribution (0,0038) sortent du scope 2.
Qu'est-ce que le mix résiduel et où le trouver ?
Le mix résiduel décrit l'intensité carbone de l'électricité que ne couvre aucune garantie d'origine annulée. Il évite qu'une même production renouvelable soit revendiquée deux fois. En Europe, l'Association of Issuing Bodies le publie chaque année par pays : pour la France, les résultats de l'année 2025, publiés le 26 mai 2026, indiquent 17,11 gCO2/kWh de CO2 direct, avec 81,94 % de consommation non tracée.
Comment traiter la chaleur urbaine et le froid achetés en scope 2 ?
Comme l'électricité : les deux méthodes s'appliquent dès que des instruments contractuels existent, et le facteur location-based doit refléter l'intensité des combustibles du réseau ainsi que le rendement de production. Il n'existe pas de facteur générique fiable : sur la seule catégorie Alsace, les facteurs valides pour 2023 de la Base Carbone vont de 0,004 à 0,455 kgCO2e/kWh.
Ressources
Conclusion
Le scope 2 ne se choisit pas, il se construit deux fois. Le total location-based mesure l'exposition réelle au réseau, le total market-based ce que les contrats d'énergie disent de cette consommation. Les publier ensemble est une exigence, pas une option.
Première action : reprenez votre dernier calcul et vérifiez, sur une seule ligne, quel poste du facteur a été appliqué, combustion ou total. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus rapide à corriger.
Parlez de votre scope 2 avec l'équipe Kabaun → www.kabaun.com/contact



