Bilan carbone et ACV : deux outils complémentaires pour la mesure d’impact.
- Florent A.

- 30 nov. 2021
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Le bilan carbone et l’ACV (Analyse du Cycle de Vie) se positionnent en tant que leviers incontournables pour évaluer l'empreinte environnemental des activités et des produits d’une entreprise. Désormais, mesurer son empreinte carbone (Scopes 1, 2 et 3) est devenu le passage obligé pour garantir sa conformité légale et son accès aux financements. Ces outils vont au-delà de simples mesures en offrant la possibilité de mettre en œuvre des politiques de développement durable concrètes et impactantes. Ils constituent les piliers d'une approche proactive visant à quantifier et réduire de manière significative l'impact environnemental pour piloter une trajectoire de décarbonation rentable et auditable.
Ces 2 outils partagent une mission commune : fournir une vision exhaustive des répercussions environnementales, mais ils se distinguent par leurs méthodologies distinctes. Alors que le bilan carbone se concentre spécifiquement sur les émissions de gaz à effet de serre exprimées en tonnes équivalent CO2 (CO2e), l’ACV offre une perspective holistique, évaluant l'ensemble des impacts environnementaux tout au long du cycle de vie.
Bilan carbone et analyse du cycle de vie : définitions.
Bilan carbone : définition et enjeux
Le bilan carbone est un outil de mesure et de quantification des émissions de gaz à effet de serre (GES) d'une activité ou d'un produit. Il est né au début des années 2000, avec le développement de la méthode Bilan Carbone® par Jean-Marc Jancovici et l'ADEME. Le bilan carbone peut être réalisé pour une entreprise, un produit, un service ou un événement. Cette méthode a été popularisée par le Grenelle de l'environnement, qui l'a rendue obligatoire pour certaines structures. Au-delà de la marque déposée, le terme est aujourd'hui communément utilisé pour désigner toute démarche visant à évaluer et quantifier les émissions de CO2 d'une entité
Le bilan carbone permet d'évaluer l'empreinte carbone d'une entité, de déterminer les principales sources d'émissions, d'établir un plan d'action précis et chiffré pour réduire ces émissions, et de suivre les progrès dans le temps.
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont exprimées en tonnes d'équivalents dioxyde de carbone (CO2e) pour permettre une comparaison directe et une évaluation globale des émissions de tous les GES (comme le méthane ou le protoxyde d'azote).
Les émissions de GES sont catégorisées en trois périmètres appelés scope 1, 2, 3 :
Le scope 1 concerne les émissions directes de l'entreprise, c'est-à-dire celles qui sont émises par l'entité elle-même, par exemple la combustion de combustibles fossiles pour la production d'énergie ou les fuites de gaz lors de la production ou de l'utilisation de produits.
Le scope 2 concerne les émissions indirectes liées à l'énergie, par exemple l'électricité achetée par l'entreprise ou la consommation de carburant par les véhicules de ses salariés.
Le scope 3 concerne les autres émissions indirectes, par exemple les déplacements des salariés, les émissions liées aux biens et services achetés par l'entreprise ou les émissions liées à la gestion des déchets.
Il existe plusieurs méthodologies de calcul du bilan carbone. La méthode Bilan Carbone® est la plus utilisée en France. Elle est reconnue par le ministère de la Transition écologique et solidaire. Deux autres méthodologies internationales existent : le GHG Protocol et la norme ISO 14069.
Depuis 2024, les entreprises soumises au bilan GES réglementaire ont l'obligation d'intégrer le scope 3 dans leur calcul, alors que seules les émissions des scopes 1 et 2 étaient auparavant prises en compte.
Analyse du cycle de vie (ACV) : définition et enjeux
L'ACV est une méthode d'évaluation normalisée (ISO 14040 et ISO 14044) permettant de réaliser un bilan environnemental multicritère et de quantifier les impacts d'un produit, d'un service ou d'un procédé sur l'ensemble de son cycle de vie. Son but est de connaître et comparer les impacts environnementaux d'un système "du berceau à la tombe", de l'extraction des matières premières à son traitement en fin de vie (recyclage, etc.).
Selon la norme ISO 14040, les étapes pour réaliser une ACV sont les suivantes :
La définition des objectifs et du champ de l'étude : Cette étape consiste à préciser les objectifs de l'analyse et le champ d'application, notamment pour quelles applications (éco-conception, comparaison ou déclaration environnementale).
L'analyse de l'inventaire des flux de matières : Il s'agit d'analyser les flux de matières entrants et sortants à toutes les étapes du cycle de vie du produit ou du service.
L'évaluation des impacts environnementaux : Cette étape vise à évaluer les impacts environnementaux potentiels associés aux flux de matières et d'énergie identifiés lors de l'analyse de l'inventaire.
L'interprétation des résultats en fonction des objectifs retenus : Cette dernière étape consiste à interpréter les résultats obtenus en fonction des objectifs définis initialement. Il s'agit d'une étape itérative avec les étapes précédentes.
L'ACV est donc un outil très important dans la stratégie RSE d'une entreprise. Elle est également un outil d'aide à la décision permettant d'opérer une comparaison pertinente entre différents produits et de tendre vers l'éco-conception.
Quelles sont les différences entre l’analyse du cycle de vie et le bilan carbone ?
Le bilan carbone consiste en une étude mono-critère : celui des émissions de gaz à effet de serre. De son côté, l’ACV évalue de nombreux impacts potentiels d’un produit sur l’environnement et la société, en fonction des flux physiques de matière et d’énergie qui lui sont associés.
Grâce à son critère unique d’évaluation, le bilan carbone est plus rapide à calculer et plus simple à interpréter. L’ACV entrant plus en profondeur, elle demande une étude plus longue et un travail plus conséquent sur l’interprétation des résultats. Le choix de la méthodologie dépend donc de l'objectif : piloter l'organisation (Bilan Carbone) ou optimiser un produit (ACV).

Quels sont les objectifs de ces deux outils ?
Bilan carbone et ACV permettent donc tous deux aux entreprises de mieux quantifier leur impact environnemental et climatique. Alors que l’économie et la société sont en pleine transition écologique, ces méthodes d’analyse répondent à plusieurs objectifs.
Diminuer ses émissions de gaz à effet de serre et ses coûts
Mesurer les émissions liées à ses activités permet de mettre en place une stratégie pour diminuer son empreinte carbone. Cela permet également de faire baisser la facture énergétique et de réduire les coûts liés à la gestion des déchets ou aux achats, améliorant ainsi la compétitivité de l'entreprise.
Obtenir une base chiffrée pour concevoir une politique de développement durable
Ils délivrent des données précises pour mettre en œuvre une politique de développement durable. C'est aussi un atout majeur pour attirer de nouveaux talents : une étude montre que 84% des actifs souhaitent que leur travail soit en adéquation avec le défi climatique.
Se conformer aux réglementations et normes actuelles et futures
En France et en Europe, plusieurs réglementations exigent la réalisation d'une ACV ou d'un bilan carbone afin d'évaluer l'impact environnemental. À titre d'exemple, la directive européenne 2009/125/CE impose une ACV pour l'éco-conception de produits consommateurs d'énergie tels que les téléviseurs et les lave-vaisselle. En France, la loi Grenelle II oblige les entreprises à effectuer un Bilan d'émissions de gaz à effet de serre réglementaire (BEGES) pour évaluer leurs émissions.
Au niveau européen, la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), en vigueur depuis 2024, renforce les obligations de transparence des entreprises. Elle élargit le champ du reporting extra-financier à près de 11 000 entreprises européennes concernées. La CSRD impose notamment la réalisation d'un bilan carbone, en plus d'autres obligations de divulgation de données environnementales, sociales et de gouvernance (ESG).
Pourquoi l’analyse du cycle de vie et le bilan carbone sont-ils complémentaires ?
Le bilan carbone reste le levier le plus "simple" à mettre en place pour une mesure d’impact globale. Toutefois, pour être complet et fiable, il doit impérativement s'appuyer sur une collecte de données exhaustive provenant de sources internes et externes (partenaires, fournisseurs).
Les démarches doivent cependant être bien réfléchies pour éviter les transferts d’impact. Il est possible de réduire le bilan carbone d’un produit tout en augmentant son impact sur l'eau ou les ressources. L’analyse du cycle de vie apparaît alors comme un outil complémentaire pour obtenir une analyse détaillée. Cette approche croisée permet de définir des trajectoires de réduction concrètes plutôt que de se limiter à des rapports figés.
C'est ici qu'une plateforme comme Kabaun transforme la donne : en automatisant la collecte de données et en intégrant des bases de facteurs d'émission à jour, elle permet de passer du simple calcul à un pilotage dynamique et permanent de votre stratégie carbone.
L'analyse du cycle de vie et le bilan carbone aideront les entreprises à élaborer un plan d’action pour réduire la pollution et limiter le réchauffement climatique en s'alignant sur les objectifs de l'Accord de Paris (1,5°C). Ces 2 outils sont complémentaires pour mener à bien une stratégie bas-carbone efficace.

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