Une chaudière au gaz, un camion de livraison, une fuite de fluide frigorigène sur un groupe froid : ces trois sources ont un point commun, elles appartiennent toutes au Scope 1, les émissions directes de gaz à effet de serre.
Cet article définit le Scope 1 selon le GHG Protocol Corporate Standard, détaille les quatre familles de sources à recenser, explique la formule de calcul donnée d'activité × facteur d'émission, et pose la frontière exacte avec le Scope 2 sur les cas qui prêtent à confusion (chaleur achetée, véhicules électriques, cogénération).
Sommaire
- Qu'est-ce que le Scope 1
- Le périmètre organisationnel, la première décision à prendre
- Les quatre familles de sources du Scope 1
- La formule de calcul et le rôle du PRG
- Deux exemples chiffrés
- Collecter les données du Scope 1
- La frontière entre Scope 1 et Scope 2
- Le cas du CO2 biogénique
- Scope 1 et réglementation : BEGES, CSRD, ESRS E1-6
- Les erreurs fréquentes
- Comment Kabaun automatise le calcul du Scope 1
- FAQ
- Sources
Qu'est-ce que le Scope 1
Le GHG Protocol Corporate Standard, référentiel méthodologique publié par le World Resources Institute et le World Business Council for Sustainable Development, définit le Scope 1 comme les émissions directes de gaz à effet de serre provenant de sources possédées ou contrôlées par l'organisation qui rapporte. Ce standard structure l'ensemble du bilan carbone en trois scopes, décrits dans notre guide de référence sur les Scopes 1, 2 et 3.
Si l'organisation brûle elle-même le combustible, exploite elle-même le véhicule, ou possède l'équipement qui fuit, l'émission est directe et se classe en Scope 1. Si l'émission a lieu chez un tiers, un fournisseur d'énergie par exemple, elle devient indirecte et relève du Scope 2 ou du Scope 3. Le GHG Protocol reste le cadre de référence commun aux trois scopes.
Le périmètre organisationnel, la première décision à prendre
Avant de recenser la moindre source, une entreprise qui gère plusieurs filiales, coentreprises ou sites doit fixer son périmètre organisationnel : quelles entités consolider, et selon quelle règle. Le GHG Protocol propose trois approches, qui ne donnent pas le même résultat sur un groupe multi-entités.
- Contrôle opérationnel : consolidation à 100 % des activités où l'organisation a l'autorité d'imposer ses politiques, même minoritaire au capital.
- Contrôle financier : consolidation à 100 % des activités contrôlées financièrement, même sans gestion opérationnelle directe.
- Part du capital (equity share) : consolidation au prorata de la participation, une filiale détenue à 40 % comptée à 40 %.
Une flotte ou une chaudière exploitée par une filiale détenue à 30 % apparaîtra ainsi à 100 % du Scope 1 du groupe en contrôle opérationnel ou financier, contre 30 % seulement en part du capital. La méthode retenue doit rester la même d'un exercice à l'autre.
Les quatre familles de sources du Scope 1
Le GHG Protocol Corporate Standard regroupe les émissions directes en quatre catégories.
- Combustion fixe : chaudières, fours industriels, groupes électrogènes de secours, brûleurs de production. Donnée d'activité : volume de combustible consommé sur le site (gaz naturel en m³ ou kWh PCS, fioul en litres, charbon en tonnes).
- Combustion mobile : véhicules et engins possédés ou loués en longue durée (flotte automobile, poids lourds, engins de chantier, chariots élévateurs thermiques). Donnée d'activité : carburant consommé en litres, ou distance parcourue combinée à une consommation moyenne par type de véhicule.
- Émissions de procédés : transformation physique ou chimique indépendante de toute combustion (décarbonatation du ciment, réactions chimiques industrielles, traitement de déchets sur site), avec une méthode de quantification propre à chaque procédé.
- Émissions fugitives : fuites de fluides frigorigènes de la climatisation, de la réfrigération et des pompes à chaleur, fuites de méthane sur des réseaux de gaz, rejets de SF6 sur certains équipements électriques. Les fluides HFC ont un PRG très supérieur au CO2 : une fuite de quelques kilogrammes peut peser plus lourd, en tonnes équivalent CO2, que la combustion de plusieurs milliers de litres de carburant.
La formule de calcul et le rôle du PRG
Le calcul d'une émission de Scope 1 suit une logique commune à l'ensemble du GHG Protocol :
Émissions (en kg ou tonnes de CO2e) = Donnée d'activité × Facteur d'émission
La donnée d'activité mesure une quantité physique consommée ou produite : litres de gasoil, m³ de gaz naturel, kilogrammes de fluide frigorigène rechargé. Le facteur d'émission convertit cette unité physique en équivalent CO2. Chaque facteur doit préciser sa source (ADEME Base Empreinte, DEFRA, EPA, IPCC) et son année de publication, ces valeurs étant révisées régulièrement.
Quand un gaz autre que le CO2 est concerné, méthane fugitif ou fluide frigorigène, le calcul intègre le pouvoir de réchauffement global (PRG, ou GWP en anglais), qui exprime combien de fois un gaz réchauffe davantage l'atmosphère que le CO2 sur 100 ans. Le PRG n'est pas une constante universelle : le GIEC le révise à chaque rapport d'évaluation. Le cinquième rapport du GIEC (AR5, 2013) donnait un PRG à 100 ans de 28 (méthane d'origine non fossile) à 30 (méthane fossile), et de 265 pour le protoxyde d'azote (N2O). Selon l'EPA, qui reprend les valeurs du sixième rapport du GIEC (AR6), ces PRG passent à 27-30 pour le méthane selon son origine fossile ou non, et à 273 pour le N2O. Une base ADEME ou sectorielle précise en général quelle version des valeurs du GIEC elle utilise : mieux vaut conserver le PRG associé au facteur choisi que mélanger des PRG issus de rapports différents dans un même calcul.
Deux exemples chiffrés
Combustion fixe. Un site industriel consomme 50 000 m³ de gaz naturel sur l'exercice. Avec un facteur d'émission illustratif de 2 kg CO2e/m³, l'émission associée est de 50 000 × 2 = 100 000 kg CO2e, soit 100 tonnes CO2e. Le facteur exact dépend de la composition du gaz livré et doit être vérifié dans une base à jour (ADEME Base Empreinte), pas réutilisé d'un exercice sur l'autre.
Émission fugitive. Un groupe froid perd 2 kg de fluide frigorigène R-410A sur l'année, détectés lors du contrôle d'étanchéité réglementaire. Avec un PRG illustratif de 2 000 pour ce fluide, l'émission est de 2 × 2 000 = 4 000 kg CO2e, soit 4 tonnes CO2e, pour seulement 2 kg de matière rejetée : les émissions fugitives ne doivent jamais être négligées au profit des seuls postes de combustion.
Ces deux exemples sont volontairement illustratifs : le facteur et le PRG réels doivent toujours être vérifiés dans la base retenue par l'entreprise.
Collecter les données du Scope 1
Trois sources couvrent la majorité du Scope 1 :
- Les factures d'énergie (gaz naturel, fioul, propane) : consommation en kWh ou en litres, à comparer au besoin à une base de référence.
- Les relevés de carburant : cartes carburant de flotte, bons de livraison de gasoil pour les groupes électrogènes, compteurs d'engins de chantier.
- Les registres réglementaires de fluides frigorigènes : dans l'Union européenne, le règlement sur les gaz fluorés (F-Gas) impose de consigner les charges et recharges des équipements au-delà de certains seuils, un registre exploitable directement pour quantifier les émissions fugitives.
Ces trois sources reconstituent l'essentiel du Scope 1, à condition de centraliser les documents au fil de l'exercice plutôt que d'estimer par une approche monétaire moins précise, réservée aux postes secondaires.
La frontière entre Scope 1 et Scope 2
Trois cas provoquent régulièrement des erreurs de classement.
La chaleur ou la vapeur achetées. Un site qui achète de la chaleur ou de la vapeur produite par un réseau urbain ou une chaufferie tierce ne la comptabilise pas en Scope 1 : la combustion a lieu chez le fournisseur. Cette consommation se classe en Scope 2, comme l'électricité achetée.
Les véhicules électriques de flotte. Un véhicule électrique ne génère aucune combustion à bord, donc aucune émission en Scope 1. L'électricité utilisée pour le recharger relève du Scope 2. Seul un véhicule thermique ou hybride, qui brûle du carburant embarqué, reste en Scope 1.
La cogénération sur site. Une installation de cogénération (électricité et chaleur à partir d'un même combustible) brûlée sur site reste en Scope 1 pour l'intégralité du combustible consommé, y compris la part servant à produire l'électricité exportée vers le réseau.
Le cas du CO2 biogénique
Le CO2 issu de la combustion de biomasse (bois-énergie, biogaz, biocarburants) est traité à part dans le GHG Protocol Corporate Standard : comptabilisé dans une ligne distincte, hors du total des trois scopes, plutôt qu'additionné aux émissions directes, car ce carbone a été capté par la biomasse peu avant sa combustion. Cette séparation ne dispense pas de suivre et de déclarer ces émissions.
Scope 1 et réglementation : BEGES, CSRD, ESRS E1-6
En France, le Bilan d'émissions de gaz à effet de serre (BEGES) réglementaire s'impose notamment aux entreprises privées de plus de 500 salariés en métropole et de plus de 250 salariés en outre-mer. Les émissions directes, équivalent du Scope 1, y forment la catégorie 1. Depuis la méthode réglementaire V5 de 2022, le BEGES ne se limite plus aux émissions directes et à l'énergie : les émissions indirectes significatives doivent aussi y figurer. Au niveau européen, la directive CSRD et ses normes d'application ESRS, élaborées par l'EFRAG, imposent la publication des émissions par scope dans la norme ESRS E1 consacrée au changement climatique : l'exigence de publication (« Disclosure Requirement ») E1-6 demande explicitement la ventilation des émissions brutes de Scope 1, Scope 2 et Scope 3, ainsi que le total.
Les erreurs fréquentes
- Oublier les émissions fugitives, en ne suivant que les factures d'énergie et de carburant.
- Classer la chaleur achetée en Scope 1, une confusion fréquente sur les sites raccordés à un réseau de chaleur urbain.
- Mélanger des PRG issus de rapports du GIEC différents sans le documenter, ce qui rend les résultats incomparables.
- Changer de périmètre organisationnel sans le documenter, ce qui rend les comparaisons dans le temps trompeuses.
- Utiliser un facteur d'émission générique sans vérifier sa source ni sa date, ce qui rend le calcul impossible à auditer.
Comment Kabaun automatise le calcul du Scope 1
Kabaun est une plateforme de gestion carbone construite sur le GHG Protocol :
- Moteur de calcul conforme au GHG Protocol Corporate Standard, avec 270 000 facteurs d'émission issus de 8 bases publiques (ADEME Base Carbone, DEFRA, EPA, Exiobase, Agribalyse, GLEC, Miteco, OpenCEDA).
- Couverture native des Scopes 1, 2 et 3, avec choix explicite des scopes à inclure.
- Personnalisation des facteurs d'émission (fluide frigorigène particulier, combustible non couvert), avec validation et traçabilité.
- Piste d'audit inaltérable, avec pièces justificatives associées à chaque ligne d'émission.
FAQ
Qu'est-ce qui distingue le Scope 1 du Scope 2 ? Le Scope 1 regroupe les émissions directes d'une source que l'organisation possède ou contrôle : sa chaudière, ses véhicules, ses fuites de fluides frigorigènes. Le Scope 2 regroupe les émissions indirectes liées à l'énergie achetée (électricité, chaleur, vapeur) produite par un tiers, même consommée sur site. Un véhicule électrique de flotte, par exemple, ne brûle aucun combustible à bord : l'électricité utilisée pour le recharger se comptabilise en Scope 2.
Pourquoi les fuites de fluide frigorigène pèsent-elles autant dans le calcul ? Parce que ces fluides ont un PRG très supérieur à celui du CO2 : quelques kilogrammes fuités peuvent représenter plusieurs tonnes équivalent CO2. Ignorer ce poste sous-estime souvent fortement le Scope 1 réel d'un site climatisé ou réfrigéré.
Le Scope 1 dépend-il du périmètre organisationnel choisi ? Oui. Selon que l'entreprise consolide par contrôle opérationnel, contrôle financier ou part du capital, une même chaudière ou flotte peut apparaître à 100 % ou à une fraction seulement du Scope 1 du groupe. Ce choix doit être documenté et appliqué de façon constante.
Comment traite-t-on le CO2 issu de la combustion de biomasse ? Le GHG Protocol demande de comptabiliser ce CO2 biogénique séparément du total des trois scopes, dans une ligne distincte, plutôt que de l'additionner aux émissions fossiles. Il doit néanmoins être mesuré et déclaré, pas ignoré.
Quelle est la formule de base pour calculer une émission de Scope 1 ? Émissions en CO2e égalent la donnée d'activité (quantité de combustible ou de fluide fuité) multipliée par un facteur d'émission issu d'une base documentée (ADEME Base Empreinte, DEFRA, EPA). Pour un gaz autre que le CO2, le facteur intègre le pouvoir de réchauffement global de ce gaz.
Conclusion
Le Scope 1 rassemble les émissions que l'organisation maîtrise directement : combustion fixe, combustion mobile, procédés industriels et émissions fugitives. Son calcul repose sur une donnée d'activité vérifiable multipliée par un facteur d'émission sourcé, avec un PRG documenté dès qu'un gaz autre que le CO2 entre en jeu. La rigueur se joue sur trois points : un périmètre organisationnel stable d'un exercice à l'autre, une frontière claire avec le Scope 2 sur les cas ambigus (chaleur achetée, véhicules électriques), et un recensement systématique des fuites de fluides frigorigènes.
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Sources
- GHG Protocol, Corporate Accounting and Reporting Standard · World Resources Institute / WBCSD. ghgprotocol.org/corporate-standard
- Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), cinquième rapport d'évaluation (AR5), groupe de travail I. ipcc.ch/report/ar5/wg1
- Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), sixième rapport d'évaluation (AR6), groupe de travail I. ipcc.ch/report/ar6/wg1
- Agence américaine de protection de l'environnement (EPA), « Understanding Global Warming Potentials », valeurs reprises du sixième rapport du GIEC (AR6) : méthane 27 à 30, protoxyde d'azote 273 sur 100 ans. epa.gov/ghgemissions/understanding-global-warming-potentials
- ADEME, Base Empreinte, base de facteurs d'émission officielle française. base-empreinte.ademe.fr
- EFRAG, norme ESRS E1 « Changement climatique », exigence de publication E1-6 (annexe I du règlement délégué (UE) 2023/2772). efrag.org



